dimanche 3 octobre 2010

Un message d'un Grand Homme

Ma fille, je te mets ci-dessous un message que je viens de recevoir d'un ami très cher, un ami pour qui j'ai le plus profond respect, et une admiration énorme pour son esprit et sa gentillesse.


Je lisais tranquillement un roman lorsque je suis tombé sur le passage suivant au chapitre 25:

L’être humain est un explorateur, peut-être qu’à partir d’un certain âge, il cesse de regarder devant lui et se retourne. S’il s’est reproduit, il dispose alors d’un guide pour se revisiter.
Laëna agit sur moi comme l’Incredible Time Machine d’Herbert George Wells. Regarder ma fille me ramène en enfance. Tout ce que Laëna vit, je le revis ; ses découvertes sont mes découvertes. Chaque fois que je l’emmène au Jardin d’Acclimatation, je reviens au paradis perdu, Je retrouve ma trace entre la Rivière Enchantée et le Labyrinthe de Glaces (je crois que les autres attractions n’existaient pas de mon temps). Sa façon de perdre sa doudoune, son tamagotchi, ses pulls semés partout sur son passage me rappelle comment j’égarais mes affaires: cabans, blousons en jean, billes jetées comme les cailloux du Petit Poucet dans la forêt du Luxembourg. Le spectacle de Guignol n’a pas changé : aussi nul qu’à mon époque ! Les jeux de Laëna sont mes DeLorean (la voiture de Retour vers le futur). Ses coloriages, ses décalcomanies, ses cahiers mystérieux qu’il suffit de crayonner pour voir apparaître un dessin… moi aussi cela me paraissait miraculeux, comme les chiffres qu’il fallait relier avec un Bic pour dessiner quelque chose ou quelqu’un. L’écriture de ce livre procure la même sensation : « Relie tous les points dans l’ordre numéroté et tu verras alors apparaître… ton enfance-mystère ! » Quand elle est si heureuse d’avoir la fève en mangeant une galette des rois, ou si fière de réussir un tour de magie dont tout le monde a deviné le trucage, ou exagérément épanouie d’ouvrir chaque matin les petites fenêtres d‘un calendrier de l’avant, ou dégoûtée d’avoir des poux sur la tête, ou si enthousiaste de passer devant la tour Eiffel qui clignote, je sais que je suis passé par là aussi, même si ma mémoire en demeure imprécise  - la tour Eiffel ne clignotait pas dans les années 70, mais cela la rendait, dans mon souvenir, bien plus impressionnante, comme un brontosaure de ferraille. Le monde n’est plus le même et cependant les étapes ne changent pas. Par exemple, malgré internet, le portable, les DVD et les 300 chaînes de télévision, l’attente de Noël n’est toujours pas noyée dans la masse des sollicitations. Un mystère demeure. Un rendez-vous avec le merveilleux : mélange de naissance du Christ et de visite du Père Noël par la cheminée. Je note tout de même une grande différence entre ma fille et moi : elle a cru au Père Noël, alors que moi je n’ai pas le souvenir d’avoir jamais marché dans cette combine. J’ai été surpris qu’elle  pleure autant quand elle  a appris, à l’âge de six ans, que ses parents lui avaient menti. Elle se sentait escroquée, déçue, écœurée.
-        Vous m’avez fait le même coup pour la petite souris ! Mais qu’est-ce qui vous prend de mentir tout le temps ?
Je m’en suis voulu d’avoir fait marcher Laëna. En qui peut-on avoir confiance si vos propres parents vous racontent des sornettes ? Bonne question, qui reviendra plus tard dans ce puzzle.

*Dans le texte original, c'est Chloë et pas Laëna... mais, j'aime bien la mise en scène
:)

Gabin

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